Introduction
Bien avant l'arrivée des premiers colons de souche européenne
dans la partie nord du Lac- Saint-Jean, la forêt, omniprésente,
fait partie intégrante du mode de vie des Amérindiens. Seuls les
coureurs des bois, hommes religieux ou arpenteurs se sont déjà
aventurés dans cette contrée lointaine pour des motifs bien à
eux, mais sans jamais s'y installer.
Depuis l'ouverture du Saguenay et ensuite du Lac-Saint-Jean à la colonisation au milieu du XIXième siècle, la forêt, cette ressource majeure, a tracé l'orientation et le développement de la région. Exploitants privés, colonisateurs, entreprises, sociétés de colonisation ont su se servir de cette ressource, tirer parti du meilleur mais aussi faire face à des inconvénients de taille. D'abord une entrave à la colonisation, la forêt deviendra la cause majeure de l'établissement des colons dans le secteur de même que le pilier économique dominant.
Au nord du Lac-Saint-Jean, dans le secteur actuel de la M.R.C. de Maria-Chapdelaine,
la forêt sera avant tout un obstacle difficile à contourner. Les
mauvais chemins ou leur absence, l'isolement, les terres souvent incultes et
l'éloignement mettent un frein à l`avancement des colons dans
l'arrière-pays. Toutefois, cette richesse naturelle possède aussi
des avantages.
Même si l'éclosion des premières villes entre dans le mouvement
colonisateur et agricole de la fin du XXième siècle encouragé
par les sociétés de colonisation, l'apport des chantiers en ressources
humaines est non négligeable. En ce sens, la forêt encourage la
colonisation; les entrepreneurs forestiers et les industries ont besoin de beaucoup
d'hommes pour les usines, les moulins et surtout, pour les chantiers.
Déjà en 1888, plus de 300 hommes travaillent dans les chantiers de Benjamin-Alexander Scott sur la rivière Péribonka (1). Presque soixante ans plus tard, soit en 1947, les opérations de la Division de Dolbeau doivent entretenir en forêt une population plus considérable que Mistassini et Dolbeau à l'époque, c`est-à-dire environ 6000 personnes (2). Quand l'exploitation agricole ne suffit pas, bon nombre d'hommes travaillent dans les chantiers l'hiver pour apporter un revenu supplémentaire. Ainsi, la venue de l'exploitation forestière crée le système agro-forestier dans le secteur.
Analyser les caractéristiques des chantiers et leurs impacts sur le peuplement et le mode de vie des gens, du milieu du XIXième siècle jusqu'au début des années 50, permettra de mieux comprendre la place qu'occupait cette activité dans le secteur nord du Lac-Saint-Jean. Enfin, nous dresserons un historique des chantiers en lien avec leur évolution spatiale, afin de démontrer que les chantiers ont un impact sur la venue des gens. Nous débutons au tout milieu du XIXième siècle lorsque les premières concessions forestières touchant notre secteur sont vendues par le gouvernement. Notre période se termine au début de la décennie 50, époque de grands changements qui provoquera un tournant dans la vie des chantiers: l'arrivée de la mécanisation.
Dans l'historiographie régionale, on retrouve très peu d'études ou de synthèses ayant analysé à la fois la forêt, les chantiers et le peuplement au nord du Lac-Saint-Jean. Toutefois, l'Histoire de l'industrie forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean: au cur de l'économie régionale depuis plus de 150 ans 1838-1988 de Dany Côté a comblé une lacune importante pour l'histoire de la forêt régionale sur le plan des industries et du fonctionnement des chantiers. Puis, concernant les chantiers et le peuplement du secteur, B. A. Scott Père de l'industrialisation de Carl Beaulieu est un volume qui apporte beaucoup d'éléments nouveaux. L'ouvrage de Russel Bouchard, Le Pays du Lac-Saint-Jean, amène un enrichissement non négligeable pour l'histoire de la colonisation du Lac-Saint-Jean, en plus de notre secteur, de même que la période antérieure.
Donc, les chantiers du nord du Lac-Saint-Jean, à partir du milieu du XIXième siècle, provoquent un mouvement de population vers le nord et les gens doivent modifier leur mode de vie en conséquence. Le nombre de travailleurs s'accroît, les chantiers se multiplient: c`est une activité économique intense pour le secteur. À partir des années 30, la plupart des nouveaux arrivants s'installent dans des paroisses déjà existantes, venant donc y renflouer la population. À la fin du XIXième siècle, le nombre de chantiers augmente considérablement, plus particulièrement à partir de 1888 où d'importantes superficies de territoire sont vendues à l'encan.(3)
Dans notre ouvrage, la première partie aborde surtout le thème de notre forêt avant son exploitation. En second lieu, nous toucherons vraiment le sujet des chantiers en établissant des liens avec la colonisation de la M.R.C. Maria-Chapdelaine aujourd'hui. Nous analyserons la montée de cette activité selon les concessions vendues. Puis, la troisième partie cerne plusieurs listes, renseignements et noms d'hommes et de femmes qui ont uvré dans les chantiers du nord du lac. Finalement, la dernière partie met l'accent sur certains thèmes bien typiques des environs.
(1) Léonidas Bélanger, "Le lieutenant-colonel B.A. Scott",
Saguenayensia, vol. 15 (mai-juin 1973), p. 88.
(2) Dolbeau-Journal, 12 avril 1947, p. 6.
(3) Carl Beaulieu, B. A. Scott, Père de l'industrialisation, Chicoutimi,
Éditions Entreprises, 1999, p.42.